Elle a pris ma place

Ce matin je me suis réveillée avec un rêve qui colle à la peau et qui me laisse dans un état désagréable.
Dans ce rêve, j’étais chez mon ex et sa copine, comme si nous étions tous potes. Je regardais la maison, je notais les améliorations, les travaux qui avaient été faits que nous n’avions pas eu le temps de finir, je me disais que sa copine était plus jolie que dans mon souvenir, et j’admirais leur bébé.

Un matin, monsieur deux ans m’a quittée. En se levant, il m’a dit que ça n’allait pas. Que c’était fini.
Nous étions sur le point de signer pour une maison qu’on avait repéré tous les deux, on parlait mariage et enfants. Alors j’ai mis une année pour m’en remettre, une autre année pour me reconstruire, et cette année pour me rendre compte que je n’avais pas pris la bonne direction et que je voulais autre chose pour ma vie. Et le constat de ces trois ans c’est ça : « elle a pris ma place ».

Un mois et demi après m’avoir quitté parce qu’il voulait « être seul et faire le tour du monde et qu’être deux de toutes façons c’est compliqué », il a rencontré une fille. Blonde comme moi. Les yeux bleus comme moi. La même taille. La même corpulence. Douce comme moi. Bref, cette fille, c’était mon double mais en mieux.
Et surtout, elle lui a donné un enfant.

Car en effet, je ne peux pas avoir d’enfant. Avec moi, avoir des enfants, ça veut dire adopter. Parfois, les mecs tombent amoureux de vous et sont heureux de ce projet, ils trouvent ça admirable et ils veulent adopter avec vous. Créer une famille en chérissant des enfants sans amour qui vous attendent quelque part dans le monde. Et puis… un jour, ils se rendent compte qu’ils veulent passer leur ADN plutôt, qu’ils veulent tenir dans leur bras la chair de leur chair, et ils s’en vont. Parfois sans bruit à pas feutrés, parfois ils vous disent un matin que c’est fini, sans savoir pourquoi. Alors, dans mon cas j’ai été obligée de gratter au plus profond de moi pour trouver des raisons à cette fin brutale, et je sais que ça a joué. Bien sûr, la raison principale, c’est que monsieur deux ans était incapable de construire une histoire, et qu’au moment d’en poser les fondations (maison, mariage…), il a eu peur. Alors adopter des enfants, n’en parlons pas.

La vie est mal fichue car la nature m’a doté d’une horloge biologique et d’instinct maternel, mais pas de quoi porter un bébé. Alors quand dans la rue, je vois des femmes avec des enfants qui se prennent des claques dans la figure, j’ai mal.
C’est injuste.

Bref, ce rêve cette nuit, ce n’est pas un hasard. J’ai failli écrire cette note hier soir, mais sans vraiment savoir quoi écrire.
J’ai passé une journée que j’adore, à regarder une série, à ne pas savoir l’heure qu’il est, et à manger n’importe quoi n’importe quand. Bref, un bon dimanche. Mais le soir, j’ai eu un sérieux coup de blues. Il me manque toujours quelque chose, et ce quelque chose, c’est quelqu’un. Quelqu’un avec qui partager tout ça, et construire une histoire. Et une famille.

Quoi que je fasse, ça revient.

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