Archives du mot-clé différence

Différence en écart majeur

J’ai souvent dit sur ce blog que je me sentais différente des autres, que je sentais un décalage entre les autres et moi, que je ne les comprenais pas, que je n’aimais pas « Les gens »… Normal, ça vient de loin. Il y a toujours eu les gens… et moi. J’ai toujours fait partie de la minorité.

Flashback.

J’ai grandi à la fois très vite, et très lentement.
A l’âge de 6 ans, je savais ce que voulaient dire les mots « abomination » et « ignominie », grâce à la lecture quotidienne de la Bible. Pas sûre que les autres enfants de mon âge pouvaient en dire autant… l’écart s’est creusé très tôt, vous voyez. Et ça ne s’est pas arrangé avec le temps.

Quand à l’école on apprenait que « l’homme descend du singe », chez moi on était créationniste. Oui, oui, au début la terre était informe et vide, etc. Je crois qui alors ? Mes parents ou l’école ? Décalage schizophrène.

Un jour, un voisin et copain d’école est venu manger chez nous. J’étais très anxieuse et j’avais peur de ce qu’il allait penser, ça m’a rongé durant des jours: mes parents disent toujours le bénédicité avant le repas. En chantant en plus. Je n’ai jamais vu ça chez les autres, ni en public. Nous le faisions même au restaurant, quoique sans chanter si c’était en public. J’avais très honte. Je trouvais que j’avais déjà assez de différences à porter !

Petite et jusqu’à ce que je quitte la maison, mes parents ont toujours eu des voitures qui dénotent. Nous n’étions pas la famille qu’on voyait passer en voiture grise, blanche, beige, noire, bleue… non. Nous roulions en minibus orange. Aujourd’hui, j’avoue que je trouve ça super cool, et je serai ravie d’en avoir un semblable, mais petite… comme je l’ai déjà dit, j’avais assez de différences à subir sans devoir me faire remarquer à cause de mes parents et de cette voiture. Avant le van orange, nous avions une 4L… jaune vif.

A l’école, je n’ai pas suivi le cursus classique niveau langues: j’ai fait allemand LV1 et espagnol LV2. Je suis bilingue de naissance (français/anglais), et j’ai eu la chance d’entrer dans un collège souple à ce niveau là. Au lycée, j’ai dû réintégrer les cours d’anglais pour passer l’anglais en tant que matière au bac, mais dès que la prof avait envie de se reposer durant le cours, elle me faisait parler. Je me sentais un peu comme une bête de foire… vous savez bien comment les Frenchy parlent anglais, n’est-ce pas ? « Maille ném’ iz XXX ». Bah j’avais honte de mon accent et de parler parfaitement anglais. Un comble, non ?

Nous n’avions pas la télé et nous n’allions pas au cinéma, du coup j’ai toujours beaucoup lu. La « geek » originelle, quoi. Si aujourd’hui c’est un avantage, à l’époque c’était une torture de passer à côté des autres qui parlaient de dessins animés, de séries et de films qui passaient à la télé ou au cinéma. C’était du chinois pour moi et j’étais exclue des discussions.
Pour la musique, c’était pareil. La seule musique acceptable chez nous était la musique classique: je connais par coeur les symphonies de Beethoven puisque je m’endormais avec. Mais on ne parlait pas du tout de Beethov à la récré. Au collège, j’ai donc demandé à un copain de me copier du Michael Jackson, Ace of Base et Minister Amer sur une cassette. Je l’écoutais en cachette très tard le soir, quand tout le monde était couché, sur un vieux magnéto de ma grande soeur.
Aujourd’hui encore, j’aime aussi bien le classique, que le rap ou la pop ou  le métal. J’aime tout. J’aime le son, le rythme, les textes… La musique, c’est LES musiques. Mais là encore, vous verrez: ceux qui aiment le rap n’aiment pas le métal, et ceux qui écoutent les tubes à la radio auront du mal à écouter du jazz. Je ne rentre dans aucune case pour ça non plus et je ne fais partie d’aucune communauté particulière.

Les jours de neige, quand mes copines mettaient des jeans pour aller en cours et se protéger du froid, je me traînais avec des jupes longues et des collants en laine parce que pour mes parents et cette religion particulière (d’où la lecture de la bible dès le berceau), il était interdit pour les filles de mettre des pantalons (et de se maquiller, et de se couper les cheveux, et d’avoir des shorts, et des jupes courtes, et de dire des « gros mots », et de flirter, et d’écouter de la musique populaire, et j’en passe). La différence.. c’est cruel au collège. Les ados sont méchants entre eux, surtout quand ça concerne le look.

Je n’avais pas le droit d’aller à des boums. Hé oui, qui dit boum, dit musique et flirts de pré-ados. Interdit, interdit, interdit… Je n’étais donc pas invitée aux anniversaires de mes copines une fois ado (ou alors ma mère refusait l’invitation, sans me le dire, je ne sais pas).
Dans la même veine, puisqu’il était interdit de fréquenter des garçons en dehors de la religion, et que de toute façon, rien ne devait se passer avant le mariage et que PAR DESSUS LE MARCHE cette religion est rare en France… bah yavait aucun mec avec qui je pouvais bien m’imaginer mariée un jour. Le seul sur qui j’avais des vues préférait ma copine A, brune et toute jolie. Moi j’étais blonde, dégingandée, plutôt le clown de service que la petite amie idéale. Même dans cette religion à cause de laquelle j’étais mise à l’écart la plupart du temps, j’étais mise de côté.

A l’âge où les nanas commençaient à saigner et à parler tampons (comment ça se met, et est-ce qu’il vaut mieux des serviettes, et pourquoi cette marque ou celle-là…), rien chez moi. Je crois que j’étais la seule nana parmi mes copines qui n’avait toujours pas ses règles à 16 ans passés. Rien d’alarmant jusque là, mais après ça, ma mère m’a emmenée chez un gynéco pour faire des examens. J’ai donc appris, de la froide bouche d’un médecin austère, que je n’aurai jamais d’enfants car mes organes internes étaient sous-développés. En gros si mon apparence était développée et féminine (mini-seins, hanches larges, haute taille…), à l’intérieur, tout avait beau être à sa place, rien ne fonctionnait. Le clou a été enfoncé à ce moment-là: j’étais stérile. J’étais donc résolument différente mais pour toute la vie cette fois-ci.

Quand j’ai commencé à fréquenter les milieux undergrounds, j’étais au début ravie de trouver plein de gens comme moi! Différents, laissés de côté par la norme, lassés de la société, voulant trouver leur propre chemin.
Et puis encore une fois, j’ai commencé à dénoter parce que je ne prenais pas de drogue. Parce que j’étais là pour la musique, et pas pour m’envoyer 3 mecs par soir. Parce que j’étais contente d’être là, de danser en union totale et vibrante avec le son. Juste le son, et moi. Rien d’autre. Je trippais, sans substance. Juste un Coca, parfois. On m’a fait comprendre que du coup, j’étais pas une « true dark ». Maiiiiiiiiiiiiis!
Alors quand j’allais en boîte normale danser le pumpitup, je me faisais regarder de travers aussi, parce que j’aimais les fringues noires, le maquillage façon panda, et on me faisait comprendre que j’étais bizarre et pas à ma place. Bref, à côté de la plaque, partout, tout le temps. Décidément !

Dans mes goûts amoureux aussi, je suis différente. J’ai toujours flashé sur des hommes aux cheveux longs, et malheureusement, ça ne court pas les rues. Au collège, j’étais la seule à avoir flashé sur LE mec rock-rebelle-grunge de l’école. Je n’avais aucune concurrence du coup, et on me trouvais bizarre d’avoir craqué pour lui. Bon, au même temps, avec ce que je vous ai raconté sur mon look un peu plus haut, vous imaginez bien que le gars n’a jamais jeté un oeil sur moi, et la fois où j’ai osé lui parler, il s’est foutu de moi. Je n’étais pas moche pourtant, mais j’étais tellement mal à l’aise dans mes baskets que même si un gars s’était attardé sur mon visage, il aurait eu peur de mon manque d’assurance et de ce gouffre que ma mise à l’écart avait créé en moi. J’écoutais de loin les filles et les gars qui sortaient ensemble, qui racontaient qui avait couché avec qui, et je me sentais en pays étranger dont je ne comprenais que des bribes de la langue.

Aujourd’hui encore, je fais partie de la minorité.

Je ne mange pas de viande. Dans un pays de viandards comme la France, c’est difficile d’expliquer qu’on est équilibré SANS viande, et que non, nous ne mangeons pas « d’herbe et de caillou, hahahaha ». Décalage là encore.

Depuis toute petite, j’ai toujours mis l’accent sur le fait d’être, plutôt que d’avoir ou de paraître. Et bien sûr, vous vous doutez bien que les normes sociales, je m’en fiche. J’ai compris que même en essayant très fort, je ne serai jamais « comme tout le monde ». Il n’y a pas de retour en arrière possible, et avec cette enfance/adolescence particulières, ça m’a apporté autant de douleur que de bonheur (ce dernier étant récent dans ma vie, il faut le dire).

Mon quotidien est différent, aussi.
Ma priorité est mon bien-être plutôt que l’argent. Je travaille de chez moi, à mon compte pour rester indépendante et maîtresse le plus possible de mon temps, mes horaires, ma charge de travail. Si je garde un cadre assez régulier (de 09h à 18h), je garde la liberté de faire du vélo à 10h et du yoga à 15h si j’en ai envie.
Dur dur pour les autres de comprendre mon choix, pourtant il est évident pour moi.
Devoir travailler pour payer sa voiture, et prendre sa voiture pour aller travailler ou bien bosser pour s’acheter des fringues présentables pour aller bosser… C’est un non-sens pour moi! Je me sens en perpétuel décalage avec tous ceux qui ne l’ont pas compris. Bien sûr, j’ai un peu d’argent: j’en ai besoin pour payer mon loyer, pour acheter un billet de train, etc… mais en étant indépendante, l’argent a repris sa signification initiale: un moyen d’échanger des valeurs (temps/marchandise). Ce n’est plus un non-sens abstrait qui m’enfermait et avec lequel j’étais mal à l’aise. Chaque chose a repris sa place, et je suis plus libre du coup. Mais si j’essaye d’expliquer ça à mes voisins, je suis directement placée dans la case « hippy ». Pourtant, je paye des impôts 😉

Dans ma vie amoureuse aussi, je ne me sens pas très « dans le coup ». Il est plus important pour moi d’être bien avec moi même que d’être bancale avec quelqu’un. Donc oui, ça fait 3 ans et demi que je suis célibataire et autant de temps que je n’ai couché avec personne. Je refuse de me mettre en couple pour combler une solitude pesante. Etre en couple sans amour sincère, c’est faire semblant, c’est se mentir et c’est se manquer de respect. Pourtant, j’en vois partout autour de moi. Les gens ne sont pas amoureux, et ils ne savent pas construire leur vie ensemble. Alors ils compensent en ayant des enfants et une maison et une voiture plus grande et en partant en vacances au soleil. Et puis ils s’engueulent parce que ça n’a pas comblé ce trou en eux, et le malaise grandit jusqu’à leur séparation 10 ans après. Je trouve ça triste, mais apparemment c’est « comme ça » qu’on fait.
Sans moi.

Hippy, décalage, minorité, bizarre, bref. C’est moi.
J’ai toujours été différente, que ça soit les autres qui me mettent à l’écart, ou que ça soit de mon propre fait en prenant du recul en vivant mes valeurs plutôt que celles imposées par la majorité des gens composant « la société ».
Heureusement, on est plusieurs à être différents. Je croise des âmes minoritaires ici et là, parfois sur internet aussi, et c’est un cadeau.

* * *

NB.
J’ai écrit cet article sur plusieurs jours, remaniant mes formulations, essayant de ne pas tout mélanger, choisissant des exemples marquants mais sans tout raconter ni donner trop de détails (j’ai ma vie privée aussi), j’espère qu’il est aussi clair et explicatif que possible.
N’hésitez pas à réagir et à donner votre avis / ressenti / etc… !

J’aime beaucoup cet article de « encore une connasse parisienne » qui formule joliment pas mal de mes pensées sur le monde aussi.

Publicités

Alien

A fond dans l’appart: Beethoven, symphonies I et V.
Des oeuvres que je connais par coeur.

Ce qui me rappelle combien j’ai l’impression d’être… un alien. J’ai toujours un rapport de différence par rapport aux autres parce que j’ai toujours fait partie de la minorité.
Je peux vous lister des centaines de points qui font que je suis différente de « la plupart des gens ». Heureusement, nous sommes plusieurs dans ce cas, ce qui rend la rencontre entre nous très belle.

C’est juste que récemment, je n’ai pas rencontré d’autre alien, vous voyez, et que je n’éprouve aucun plaisir à passer du temps avec « les autres ».
La nouveauté de cette année, c’est que j’ai décidé d’assumer et que ça commence à fonctionner, même si ça reste fragile.

Sinon, rien à voir, mais lisez « Rien ne va plus » de Douglas Kennedy. J’ai adoré l’histoire, l’écriture, la fin qui sort des clichés qu’on pouvait attendre. C’est un coup de foudre littéraire pour moi et du coup j’enchaîne avec « Cet instant-là ».

Séquelles et sensibilité

A propos des personnages principaux :
« Ces séquelles ont fait naître en eux une sensibilité que n’ont pas les autres. »

Alors ça, ça m’a bien accrochée parce que je me suis toujours vue comme quelqu’un de différent (je vous dirai pourquoi dans un prochain article), comme un monstre, même. J’aimais chez les autres sentir cette différence, cette fêlure qui les rendait plus intéressants, plus denses, et plus beaux.
Aujourd’hui, j’ai beau me trouver jolie la plupart du temps, je vais toujours chercher cette cassure chez les autres, et je reste plus sensible à des personnages altérés, brisés, différents. En gros, même si Brad Pitt est un bel homme, je suis plus attirée par des physiques dits atypiques. Le problème est que, comme moi avant, ces personnes se voient parfois comme peu intéressantes, moches ou monstrueuses, ce qui complique souvent la séduction (la personne en face ayant l’impression d’être tout sauf séduisante).

Bref, l’image qu’on a de soi, c’est tout un programme.

Retour à la réalité

Mais qu’est ce que j’imaginais? Qu’on allait se prendre la main au cinéma, se raconter toute notre vie, et contempler les étoiles?

Pourquoi ai-je toujours ce réflexe d’imaginer plein de choses… alors que je ne connais même pas les gens? A chaque fois, j’en ressors déçue. Et blessée. Et en colère. Une fois, deux fois… la quinzième fois, on se sent bête, chétive et en décalage avec la réalité et surtout, on s’en veut. Beaucoup.

Il a bien ses dix ans de moins. Pas la même façon de parler ni de voir les choses, pas les mêmes références, pas la même vie. Pourtant, je ne fais pas mes 30 et quelques années et je m’habille plutôt jeune, le décalage n’est pas là. Il est dans ce que je sens de sa vie et comment elle pourrait être compatible avec la mienne. Comment puis-je le savoir après seulement 2 rendez-vous? Je ne peux pas m’imaginer sérieusement « être » avec lui.

Je me trouve tellement conne… vous qui me lisez, vous devez bien rire. « Mais qu’elle est naïve! » Je vous entends d’ici.
Hé oui, je suis naïve. Rêveuse. Et toujours innocente, quelque part. Vraiment pas faite pour ce monde réel, qui bouscule, qui déçoit, qui décale.

Sur ce, je file faire des courses. Car comme vous le lisez, je suis chez moi et pas au restau comme prévu. La loose, quoi.